
J'anime le podcast Erikadi Accueil > Otaku > Manga > Mirai Nikki , hommes pressés

Certaines histoires sont avant tout une question de mouvements. Un peu comme une personne en fuite. Le genre à savoir que tant qu’elles ont des jambes pour courir elles seront libres de continuer sans que quiconque n’ait vraiment le temps ou l’envie de faire attention aux détails. L’emballement des gestes du spectacle ainsi donné sont parfois fascinants. Mais le tout a un prix. Plus l’on court, plus le risque de chute (incohérence d’ensemble, perte de crédibilité, …) est grand et plus dure sera cette dernière. L’opération peut toutefois être rentable car, même en cas de malheur, il est probable que pourvu qu’elle soit belle on retiendra avant tout autre chose les couleurs criardes de la course plutôt que sa désespérante et grise fin. Mirai Nikki est un manga à cette image.
Le scénario de Mirai Nikki est de type impulsif, le genre à bâcler l’entraînement pour aller au plus vite à l’essentiel. Ainsi passe-t-on un héros dépeint comme ultra réservé au début à un personnage principal jeté dans un Battle Royal pour la domination du monde. 12 personnages, un jeu de la mort sans réelles règles et 12 téléphones aux pouvoirs différents. Mazette, on aurait collé une grosse étiquette où il y aurait marqué « COOL ! » dessus qu’on en ne serait pas trop éloigné. D’autant que Mirai Nikki s’impose très rapidement (on ne perd pas le rythme) par ses autres participants au jeu qui savent rendre l’ensemble badass sans dose mortelle de flirt avec la caricature. Bon point dès le départ également pour la création du couple de héros bien prenant qui se divise entre une porteuse de culotte mystérieusement placé sur l’échelle de la folie et de l’héroïsme et un personnage principal penaud, courageux en devenir.

Les acteurs sont en place, le style et le dessin gèrent et ça tombe foutre bien étant donné que le background a lui aussi la bonne idée de tenir la route. Et puis patratra, après avoir marqué quelques points Mirai Nikki vous fait subir sa première chute. On ne la voit pas réellement arriver. Mais soudain à un détour de page, le cerveau se bloque comme si l’ensemble avait du mal à compiler. Prise de recul soudaine. Zoom arrière. Définitivement, iI y a un truc dans ce jeu effréné qui ne colle pas. Pire, ce « truc » ne sera peut-être pas le même pour le lecteur et pour son voisin. Toutefois le mal est fait et Mirai Nikki a du mal à retomber sur ses jambes directement car cette histoire était réellement en équilibre. Même si il est évident que le mangaka est véritablement motivé, rien n’y fait ! A un moment donné, on en conclue qu’il ne suffit pas à l’auteur de vouloir très fort que quelque chose tienne pour que sa volonté soit faite. Et l’auteur a parfois sacrément de culot.
C’est ainsi, Mirai Nikki n’est pas un dieu du manga et les moments de faiblesses ne sont pas rares où l’ensemble peut donner l’impression de tomber dans le ridicule. Toutefois, Mirai Nikki est suffisamment habile pour finir par retomber sur ses pieds plus loin et puis assez rapidement on se surprend à passer l’éponge pour pouvoir continuer l’aventure. Car l’ensemble se révèle suffisamment de bonne volonté et d’envie d’en mettre la plein vue qu’on peut difficilement partir sans regrets. A un gros bémol près, la fin est tout simplement minable. Comme beaucoup trop souvent, le manga se fait habile dans la construction d’un questionnement final à la résolution bâclée et niaise.
Battle Royale améliorée et pas mal « shonenisée », Mirai Nikki est une œuvre dont les défauts de rythme et de cohérence globale ont le malheur d’être beaucoup trop visibles. Il en résulte une lecture parfois frustrante mais jamais complétement désagréable et bien souvent compensé par des passages épiques et un scénario beaucoup plus intelligent que ce qu’il peut en laisser paraître. On a ici affaire avant tout à une histoire en mouvement permanent. Une course sans fin qui se tire bien souvent, et particulièrement dans sa conclusion, dans le pied quand elle se met à ralentir. Des reproches toutefois insuffisants pour ne pas recommander la lecture.
PS qui n’a rien à voir mais je participe actuellement aux Sama Awards 2012, sympathique concours d’articles otakus dont la liste des participants a été dévoilé il y a peu. N’hésitez pas à aller y jeter un coup d’oeil.
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