Un manga sans loli pop.


A lollypop or a bullet, chef d’œuvre à balles réelles

Oui, chef d’œuvre, autant lâcher le mot directement tant « A Lollypop or A Bullet » est un manga qui , en seulement 2 tomes, le mérite. En plus, maintenant vous savez dans quel genre de critique vous avez mis les pieds. A ce titre, l’exercice est d’ailleurs d’autant plus frustrant qu’il est très difficile de parler de ce manga sans jamais pénétrer à l’intérieur du territoire qui relève de la juridiction de l’expérience à vivre Land. Ce drôle de pays où le spoil de fin est assimilé à un crime contre l’humanité et le spoil moins grave est passible de la prison à vie . En bref, il va falloir faire dans la dentelle si je veux vous préserver le manga dans son intégralité. Mais commençons par restituer le contexte.

Faux semblants

L’histoire de « A Lollypop or A Bullet » débute de façon assez banale avec l’arrivée dans la classe de Nagisa, une collégienne de 13 ans, d’une nouvelle élève nommée Mokuzu qui va vite montrer son étrangeté des plus singulières. Elle se prétend sirène et assure qu’une grosse tempête va la ramener chez les siennes le 3 octobre prochain. Nagisa elle-même n’est pas une fille des plus simples : son père est mort et elle est plus ou moins obligé de grandir vite étant donné que son grand frère, figure paternelle contestable, passe son temps enfermé chez eux à lire. Symbole ultime de cette maturité forcée : Nagisa veut s’engager dans les forces d’auto défense. Sans réellement qu’elle le veuille, Mokuzu va se mettre dès lors à vouloir se faire remarquer par Nagisa comme si elle ressentait le besoin impérieux de se lier à elle. De cela nait une relation d’amitié tumultueuse, fascinante aussi bien qu’étrange entre nos 2 héroïnes. Mais la formation de ce duo improbable n’est aussi que le début d’une histoire et de la construction d’un univers qui à mesure qu’ils se dévoilent rendent fortement mal à l’aise le lecteur toujours innocent, incrédule.

Mal à l’aise est d’ailleurs le mot clé tant il fait partie intégrante du fonctionnement de « A Lollypop or A Bullet ». Règle de base de ce tragique dilemme : Plus on en sait, plus on veut en savoir et moins on se sent bien. Cercle vicieux n’est-il pas ? D’autant qu’à l’histoire originale de Kazuki Sakuraba, qui sait parfaitement comment ne jamais relâcher la pression sur son lecteur, est associée le dessin de Iqura Sugimoto qui sublime l’exercice du faux mignon déjà commencé dans Variante. Exercice qui consiste à monter un véritable piège. Ainsi le trait est très attirant visuellement, c’est presque mignon. Oui PRESQUE car le cerveau sent instinctivement qu’il y a quelque chose qui ne va pas alors qu’il devrait être stimulé par un style plutôt rassurant. Encore une fois, le malaise est là, renforcé.

Violence.

Le scénario lui s’installe par-dessus tout ça et n’hésite pas à jouer avec des ficelles fortement similaires dans le principe. Des scènes quotidienne, banales, pas assez étranges pour détonner mais trop pour ne pas cacher quelque chose et surtout qui restent au final comme un arrière-goût dans la gorge. Le reste est de cet ordre : des dialogues sur des sujets peu courants, des délires qui semblent ne jamais s’arrêter jusqu’à rendre floue la barrière du cynisme et du second degré et surtout, surtout, aucun réel temps mort. On a ici affaire à un duo de choc entre dessin et histoire qui se combinent pour n’obéir qu’à une unique consigne : vous traquer, vous presser sans relâche. Quitte à parfois utiliser la violence. Oui, la violence car une fois pris au piège, le lecteur est alors obligé de s’enfoncer dans une forêt noire. Noire n’étant pas seulement ici un adjectif ordinaire.

Car l’histoire de « A Lollypop or A Bullet » est d’une violence pure. Celle qui frappe pour tuer mais aussi pour choquer afin de faire prendre conscience. Celle qui vient renverser la table et chambouler quelques certitudes. Celle qui ne se montre que parce qu’elle définit la dernière partie de l’exercice infligé au lecteur, la fin du chemin. Après avoir été malmené, troublé, bref formaté à l’univers, attendez-vous à vous faire frapper dans le dos par une histoire qui a la rage de vivre. Et rage n’est pas forcément exagéré tant le manga a dans sa dernière partie une colère qui ressort. Tout va péter, on en est sûr. Les éléments sont là. Déchaînés. Les victimes, les coupables, la famille, la vie, la survie, tout se mélange dans un tourbillon d’une intensité captivante. Prenant, le regard hagard, on n’en sort pas indemne. Plongée dans la crasse, impossible à arrêter, le destin est prêt à rendre son verdict. Qui de la lollypop ou de la bullet s’en est sorti le mieux ? Dur à dire, tout est flou et votre serviteur lui est KO assis. (je lis rarement mes mangas debout).

A lollypop or a bullet est un chef d’œuvre qui tire à balles réelles sur son lecteur. C’est une histoire cruelle mais fondamentalement humaine et c’est pour cela qu’elle nous touche aussi directement. Seulement ce manga n’existe pas pour plaire mais au contraire pour mettre dans un effroi assez terrifiant face à ces tranchantes pages de papier. Œuvre subversive et violente, « A lollypop or a bullet » nous met constamment mal à l’aise, s’insère constamment en nous pour mieux nous faire prendre conscience de l’horreur qui se joue devant nous, de ce qui se cache : son message, ses véritables intentions. Une démonstration brillante et du grand manga à posséder. Pour ma part, j’en garderais la cicatrice.

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