Louptsuba & friends !


« Les enfants loups, Ame & Yuki », que des loups anges

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Difficile en entrant dans la salle de cinéma de savoir à quoi s’attendre. Certes, on connaît déjà Mamoru Hosoda pour la délicieusement agitée Traversée du Temps ou les plus faussement sages Summer Wars mais rien dans ces 2 films, rien au moment où j’entre dans l’un des trop rares cinémas qui diffusent le film, rien donc ne peut me préparer à la baffe que s’apprêtait à m’infliger « Les Enfants Loups, Ame et Yuki ». Au premier abord, le scénario semble simpliste : l’enfance de 2 enfants loups et de leur mère à la campagne. Mais très vite, on s’apercevra que pour ce film la simplicité peut cacher énormément de choses. Mais ne commençons pas à épuiser tout de suite la longue liste des qualités et passons plutôt au contexte. Attention texte avec pas mal de « je » dedans.

Des petits anges passent

« Les Enfants loups » ce sont Ame et Yuki certes mais notre héroïne est leur mère et elle s’appelle Hana. C’est d’ailleurs quasiment toujours d’elle dont il est question dans la narration que fait Yuki tout au long du film. Hana est au départ une étudiante qui tombe amoureuse d’un drôle de jeune homme venant aux cours sans y être inscrit. Cet homme s’avérera en réalité un homme-loup et après que Hana ait accepté son secret, ils auront ensemble 2 enfants qui s’avéreront être héritiers de la difficile condition d’homme-loup de leur père. Ce qui ne m’a pris que les 2 phrases précédentes à raconter est narré, comme le reste du film, à un rythme lent qui fera tenir cette part du récit en un peu plus d’une vingtaine de minutes.

C’est ainsi, « Les Enfants loup » est un film qui a beaucoup à dire et ne se permet que les plus discrètes ellipses, comme par peur de nous faire rater quelque chose qui soit important. Au final, ce seront 13 années magiquement condensées en 2 heures qui nous seront contées et pourtant qu’il sera difficile de quitter Hana, Ame et Yuki. En effet, et pour le coup très rapidement, les qualités visuelles et sonores du film sautent aux yeux et aux oreilles. « Les Enfants Loups » est une œuvre magnifique que ce soit dans ses environnement ou ses personnages mais surtout par sa capacité à faire beaucoup de choses avec peu et de faire beaucoup sur ce qui pourrait paraître peu de choses. Certains visages s’effacent pour mieux nous faire sentir la pluie, certaines situations tragiques sont narrées avec une légèreté presque humoristique comme si rien n’était grave mais que tout était important.

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Mieux, Mamoru Hosoda décide parfois, et à raison, d’oser pousser plus loin comme par exemple mettre au premier plan la musique et uniquement elle. C’est ainsi que l’on a droit à de longues séquences d’enchaînement de petites scénettes aux dialogues et effets sonores effacés pour ne laisser résonner que la musique dont la simplicité, désarçonnante , là aussi, suffit à faire bien mieux. D’autant que si sur la forme la claque commence à se faire sentir, le fond suit le même mouvement. En résumé : l’on était à même pas 30 minutes de film que déjà j’aurais pu sortir le mouchoir. Et le mieux c’est que le film tient ainsi et amplifie ses qualités durant les 3/4 restants.

N’oublie pas qui tu es

La maîtrise du film est à tel point que pour certaines scènes faibles en portée scénaristique la réalisation suffit à vous toucher aux tripes tandis que les moments importants ont droit à leurs pauses lourdes de sens ou à leurs métaphores toujours subtilement placées. Non content de produire un film visuellement magnifique, Hosoda ne cède pas à la facilité pour nous entrainer avec lui, avec eux . Il mélange 2D et 3D, fait jouer les runnings gags comme un facteur émotionnel, impose son tempo, ses personnages secondaires comme autant de pièces de son puzzle. L’ensemble est tellement puissant que « Les Enfants loups » ont réussi à me faire sourire aux anges avec juste 3 personnages qui jouent dans la neige. (Et je déteste la neige). Tout cela pour repartir aux larmes dans les minutes qui suivent. Et ce n’est qu’une des nombreuses scènes bluffantes d’un film qui les enchaînent durant ses 2 heures.

Malgré le côté absolument merveilleux, sur lequel on reviendra plus tard, du rôle d’Hana, « Les Enfants Loups » Ame et Yuki sont tout autant des personnages mémorables. Yuki est une chippie suractive toute crachée, le côté louve en plus. Quand à Ame, sa nature introvertie complètement à l’opposé en fait tout autant un personnage drôlement rigolo à suivre. L’opposition de ces 2 caractères aura son importance mais pour les premières années de ses personnages, « Les Enfants Loups » use avec brio de l’humour pour raconter une histoire pas si drôle que ça. C’est d’ailleurs dans ces moments qu’on voit tout le soin apporté à l’histoire. Narrant les difficultés d’une mère confrontée à la difficulté de la vie et de l’éducation d’enfants au lourd secret, les problèmes d’Hana reflètent un jugement sévère sur notre société auquel le film apporte sa réponse décalée et remplies de scènes que n’aurait pas renié Yotsuba & et qui ont largement fait rire à plusieurs reprises la salle.

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Tout au long du bout de chemin qu’on fera avec Hana, on verra grandir Ame et Yuki et les problèmes qui vont avec. Que ce soit par le fait de « grandir » mais surtout de part la condition particulière de ces 2 enfants « différents ». Là encore, Mamoru Hosoda a su trouver le ton juste et simple, ce mélange si particulier entre gravité et légereté, pour répondre à une situation exceptionnelle. Vous l’avez sans doute compris, il en sera ainsi durant tout et pour tous les aspects du film.

Fête des mères

A ce stade de la critique, vous devriez l’avoir compris aussi, « Les Enfants Loups » est un grand et beau film par bien des critères. D’autant que cette critique n’a fait qu’effleurer le récit. Mais il faut également mentionner que « Les Enfants Loups » n’est pas qu’une expérience émotionnelle fantastique : l’ensemble est loin d’être indolore. Au travers de ces situations et de la quasi-totalité de ses personnages, le film nous interroge sur la notion de transmission. Qu’avons-nous reçu ? Qu’avons-nous transmis ? Qu’avons-nous choisi ? Si Mamoru Hosoda choisit d’apporter une réponse appuyée et avant tout extraordinairement positive pour Ame et Yuki, c’est avant tout grâce au comportement incroyablement bon d’Hana, véritable mère quasi parfaite de fiction.

A son terme, le film n’apporte finalement que peu de réponse, peu de jugements sur les problèmes qu’il évoque, les questions qu’il pose. Il se contente « juste » de montrer le chemin qui lui semble bon et malgré un ton au fond assez conservateur, difficile de détourner les yeux du rêve de Hosoda et de son amour pour la nature et la campagne. Il y a dans l’apprentissage de Hana comme une volonté de réapprendre à son public, fatalement plus urbain, ce qu’était un idéal équilibre de vie plus modeste. Toutefois si beaucoup de choses sont volontairement simples pour toucher dans ce film, les personnages bénéficient d’un travail d’écriture plutôt complexe et de qualité. Hana est avant tout une mère mais c’est également une femme indépendante, Ame et Hana grandissent de façon réaliste avec les changements que cela suppose et tout cela en interaction avec des personnages secondaires là aussi bien utilisés mais dont on pourra regretter qu’ils soient abandonnés de façon un peu brusque vers la fin.

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En effet, et malgré toute la réflexion qu’il puisse susciter et les valeurs mises en avant, « Les Enfants loups » est un film difficile à quitter car il s’accroche à nous comme seuls les récits de vie peuvent le faire. Ce n’est qu’à la faveur d’une tempête qui ne provoquera pas que du chaos dans l’alignement des arbres que « Les Enfants loups » décide de passer à sa conclusion. Sans abandonner ses mécanismes de récit, l’histoire nous dit adieu de la façon la plus simple qui soit en nous laissant imaginer nous même les destinées de ces fantastiques personnages.

Difficile alors de conclure sur « Les Enfants loups, Ame et Yuki » sans tomber dans la liste d’adjectifs flatteurs qui convient à cette fabuleuse histoire. On a ici affaire à un film d’une profondeur ahurissante, d’une humanité incroyable et d’une intelligence exceptionnelle. Tout y est, l’inventivité comme le retour aux sources, les personnages travaillés mais vivants, le rêve comme la réalité.On y rit, on y pleure, on y est touché, on s’amuse, on s’inquiète, on retrouve le goût de la tarte aux pommes de Maman, en résumé on se prend le film en plein dans la face et il devient alors vraiment difficile de retranscrire ça. Bref, je ne saurais que trop vous recommande d’aller voir tant qu’il est encore temps. Ce film sublime annonce un futur radieux à son réalisateur dont on se demande encore comment il pourra aller plus haut.

Quelle claque mais quelle claque !

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