Sous les briques, la plage


« Lego, la Grande Aventure », l’imagination au pouvoir !

Une de mes scènes préférés de « Ratatouille » est lorsqu’à la toute fin du film le critique Anton Ego se retourne vers le rat en cuisine et lui lance « Surprenez-moi ! ». La licence Lego est un petit peu comme ça, on a lancé les jeux vidéo en se disant « Bon ok, vous avez la licence Lego, montrez-moi ce que vous pouvez en faire en gameplay ! ». Et ce fut franchement sympa. A tel point que la franchise donna un nombre énorme de jeux différents sur plein de plate-forme. Pour le film, on fait face là à un nouveau défi et notamment celui d’une scénarisation beaucoup plus poussé pour convenir au format cinéma. Or sur ce point , en terme de background, la licence Lego est énorme et vide à la fois. Énorme parce qu’on ne compte plus la quantité d’éditions de Lego existantes et vide car le principe même des Lego est la feuille blanche (fin le tapis pour les clipser quoi). On a donc filé les jouets à Phil Lord et Chris Miller, déjà responsables de 2 tempêtes de boulette géantes, et en entrant dans la salle on prie bien fort pour qu’ils aient réussi à trouver quelque chose. C’est le cas.

Première bonne surprise, le scénario du film est loin d’être simple. Second degré quasi permanent, références pop culturels en pagaille, personnages hilarants, ironie mordante, rythme speedé, on a clairement pas affaire à un film qui joue pour la cour de recré des CE2 mais qui va plutôt titiller le cortex fringant du jeune adulte légèrement twitto-branchouillé et élevé à la culture U.S en intraveineuse. Cependant, pas besoin d’être le client préféré de la boutique de comics pour accrocher car le ton sacrément décalé du film et les persos aux personnalités délicieusement caricaturales suffisent à assurer le show. Une fois qu’on a commencé à rire et à piger le délire, c’est le moment que le film choisit pour passer la seconde et nous faire comprendre qu’il n’a pas fait que préparer le popcorn.

Associé à cette ambiance déconne et foutraque bien enivrante, le scénario glisse alors à un rythme ultra-maîtrisé vers une critique de la réussite individuelle et des mains qui collent. (Nan pas ce genre là , gros pervers de Shinji.) Il est souvent assez casse-gueule d’essayer de coller une lecture idéologique sur un film de divertissement mais autant j’ai ressenti une nostalgie des révoltes de la jeunesse dans « La Colline aux Coquelicots », autant Lego m’a laissé gravé une impression de Mai 68 juvénile. L’imagination au pouvoir est d’ailleurs un thème central du film. En effet, les Lego apparaissent au début prisonniers d’une grande entreprise de destruction, par le fun ce qui rappelle un peu le cynisme lol très actuel, de leurs individualités et de leurs diversités, les armes des protagonistes déboulent alors pour contrer ce noir dessin et elles sont créées par leur imagination et leur capacité à recycler le travail des autres. Comme le dit la chanson du film, tout est tellement fantastique quand tu fais partie de l’équipe. D’où l’idée de ne pas avoir les mains qui collent pour éviter d’être figé.

Ce message passe brillamment car le film, qui se permet même une pointe d’anti-capitalisme , est également une aventure qu’on suit comme un gamin captivé par les multiples trouvailles graphiques et de mise en scène ainsi que par la joyeuse connerie ambiante et permanente qui se dégagent de l’écran. A noter quand même que si, une nouvelle fois, la 3D ne sert à rien, le travail apporté à l’esthétique est juste ultra-plaisant, ne serait-ce que dans cet entêtement à rester dans l’univers Lego jusqu’au bout. Même constat pour la musique qui fait son boulot de manière totalement efficace. Dernier petit plaisir, la surprise de fin est loin d’être anodine et révèle une nouvelle fois le talent d’écriture des auteurs de cette histoire.


« Lego » n’est pas qu’une grande aventure, pas qu’une grande publicité, c’est un grand film de divertissement qui ,loin d’être bête, réussit à glisser des subtilités et des messages loin d’être anodins tout en prenant constamment soin de son univers, de son parti pris graphique et de l’amusement du spectateur. C’est le genre de film qu’on regardera régulièrement tant Il est drôle, inventif, ancré dans son époque et surtout tant il prend au sérieux son public tout en transmettant des messages qui font du bien. Une belle réussite !

Laisser un commentaire