Sans whisky kiri kiwi.


Time of EVE : The Movie, un petit coin de paradis.

Initialement disponible sous forme d’épisodes en streaming, la présente critique se base sur la version Film de Time of EVE.

Un Japon futuriste où les foyers utilisent pour les tâches du quotidien des robots uniquement distinguables de l’Homme par un halo numérique flottant au-dessus de leurs têtes. Dis comme cela, l’univers de Time of EVE a l’air d’un background d’anime de SF d’un classicisime désespérant. Ce serait fortement se tromper que de s’arrêter à cela car comme d’autres oeuvres avant elle, Time of EVE cache sous un questionnement simple et connu, comment évoluerait pareille société, une multitude de réponses complexes et un peu décalées. Un peu comme l’excellente série Log Horizon a su le faire pour le genre du monde virtuel.

Commençons par la base : Le Time of EVE est un café caché comme un pratique point de sauvegarde dans la ville. A l’intérieur de ce café, une seule règle : la discrimination usuelle entre robots et humains n’existe plus. Les robots doivent enlever l’halo lumineux qui sert à les reconnaître et personne n’a le droit de poser la question à son interlocuteur pour connaître sa nature. Ce principe de respect simple de l’autre fait du Time of EVE une zone de rencontre et de dialogue sans préjugé à rebours complet du reste de la société japonaise présenté comme ne traitant la condition des robots que par l’ignorance ou la haine. Les robotmaniaques devenant les nouveaux geeks qui se font moquer par leurs camarades de classe ou les parents. Dans cette société qui voit le robot au mieux comme un outil, au pire comme une menace, l’existence du Time of EVE se révele petit à petit pour ce qu’elle est : une révolution lente.

Toute la construction du film accompagne le spectateur dans cette idée. D’abord pour le couple de héros humain qui fait la découverte du café par hasard et qui ne comprennent qu’en même temps que le spectateur tout son importance et comment l’empathie général qui s’en dégage de part sa transgressivité avec le reste du monde dépeint une société extérieure intolérante et égoïste. Le reste du film est à l’image de cette progression : lent, humain, construit uniquement par le dialogue et le développement d’un propos intelligent.

Plus que des personnages, Time of EVE nous montre des situations, des questionnements concrets face à des rapports sociaux totalement déconstruits et à la maîtrise illusoire. Par leur mise à égalité avec leurs maîtres, les robots ouvrent de très nombreuses questions dont le Time of EVE ne permet pas toujours d’avoir la réponse mais qui, accompagnés de quelques notes de musiques ou quelques grammes de café, deviennent d’importants enjeux de réflexions.

L’être humain est une créature tellement complexe qu’il lui arrive de débattre de problèmes qui ne se poseront peut être jamais à lui ou qui se poseront dans bien des années. Ainsi en est-il de la coexistence de notre espèce avec des armées d’androïdes à usage quotidien. La question de la transformation collective d’une société ouvrant ses bras de chairs à ceux de métal comme celle de l’évolution de notre rapport personnel à ces âmes artificiels qui pourraient envahir nos vies quotidiennes sont des éternels sujets de questionnement pour les récits de science-fiction.

Time of EVE prend le parti de traiter par des solutions légères de graves problèmes moraux , éthiques et personnels de ses héros et tente de démontrer qu’à l’amertume et à l’ingratitude d’une société la réponse peut venir de la douceur d’un café comme de la dureté d’une colère pour peu qu’existe par la volonté, le courage et l’ouverture d’esprit des gens un endroit de paix où chacun puisse venir s’exprimer le cœur ouvert. Une leçon universelle et impressionnante de tolérance et d’humanité qui en traitant sérieusement un improbable problème futuriste vient nous interroger sur notre capacité actuel à traiter nos propres congénères. Comme un hommage éternel aux gens de bien, Time of EVE s’incruste en nous, au delà des temps et au delà des mots, pour nous rappeler que notre bonheur est dépendant de celui des autres et qu’il ne tient qu’à nous d’avoir les capacités nécessaires à l’empathie et à la compassion ainsi qu’à la compréhension de nous mêmes comme des autres pour pouvoir combattre les soldats du malheurs de tout bord. Magistral.

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