C’est nos pires heures


Snowpiercer, une arnaque pire que le wagon-restaurant

J’adore les trains, pas au point d’en connaître les différents modèles ou l’histoire, mais j’adore me promener dans les gares, voir les gens pressés courir, me demander ce que cet endormi assis en face va rejoindre, rire de ces personnes qui font mille coucous à des proches gentiment gênés avant le départ, lire à peu peinard même si bon bien sûr il y a aussi les désagréments comme les cris, les emmerdeurs ou l’espace qui manque. Mais oui de manière générale, j’aime bien l’ambiance ferroviaire. Alors quand on me vend un film post-apo en huis clos dans un train, vous pensez bien que je fonce. Un peu comme ce film mais lui se dirige à toute allure vers le mur de la honte.

Train fantoche.

L’histoire se déroule donc à bord d’un train, dernier refuge d’une humanité condamnée à survivre là dedans suite à une catastrophe écologique provoquée par l’homme qui a recouvert la Terre de neige. Le train est dirigé par Wilford, une personnalité fantomatique qui a fondé une société avec dans les wagons de queues les “queutards” (sans déconner, c’est vraiment leurs noms) mal traités et crasseux, alors qu’ils n’ont pas l’air de bosser, et de l’autre les privilégiés qui profitent de la vie à bord. Premier exploit du film : de cette situation de départ et jusqu’à la fin du film, le scénario va réussir à faire plus cliché qu’un tract de la CGT et du NPA réunis. Mais comme souvent avec Snowpiercer, et cette critique reviendra là dessus, le film essaye en permanence de faire subtil et décalé alors que tout ce qu’il réussit à aligner n’est qu’incohérences de scénario, scènes WTF au sens qui échappe à la logique commune, combats illisibles aux enjeux comme à la réalisation souvent absurdes et surtout une intrigue qui de manière générale sur-joue au lieu de penser et finit par vous laisser complètement largué mentalement avec un doigt d’honneur comme plot twist final. Mais n’allons pas trop vite et accordons au film le fait qu’il essaye des choses.

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Regardez, je suis méchante, j’ai des couleurs !

Au premier abord, l’histoire tourne au cliché sympathique d’un film d’action qui met en scène une révolution. On a ainsi le leader des gentils au passé forcément tragique, le vieux sage, le jeune rookie et tout un tas d’autres personnages à l’académisme prononcé. Le problème est que toute cette disposition initiale met, comme tout le reste du film par ailleurs, trop de temps à être bousculé alors que sa mise en place relève du bourrin. Une fois que paf paf on a vu tout le monde, il faut encore se fader de très longues minutes, parfois en plan fixe, à écouter les personnages déblatérer des dialogues totalement froids ou inutilement chiants.

Sur les rails de mon indifférence

Et pourtant, on est même pas encore arrivé dans la partie “regardez je fais une oeuvre d’art du film’, non là c’est juste une sympathique histoire de révolution qui prends des plombes à se mettre en marche et qui surtout ne dégage rien. On se fout des personnages et de leurs enjeux car à aucun moment on ne nous explique concrètement l’univers. Les méchants sont horriblement clichés comme si le réalisateur nous prenait pour des abrutis ou pire des spectateurs américains, la mise en scène est molle lors des scènes d’actions voire absente et beaucoup de ses tentatives “originales” (une séquence FPS qui débarque elle aussi sans qu’on ne sache trop pourquoi) tombent complètement à plat mais pire que tout certains rebondissements n’ont déjà aucun sens tandis qu’on ne répond jamais à beaucoup de questions. On est d’autant en mesure de se plaindre que face à cet environnement technique hostile les acteurs font de leur mieux pour faire illusion dans ce foutu guêpier. Autre gâchis d’avantage, le côté claustro et ferroviaire du train n’est jamais utilisé à bon escient.

Et puis soudain arriva le poisson. Un poisson tenu par un méchant qui en asperge le sang sur son arme avant que ce dernier ne revienne en gag involontaire qui nous confirme que le réalisateur a décidé d’abandonner le navire de la rationnalité. A partir de ce point, Snowpiercer enchaîne les différents wagons comme certains enchaînent les joints de dealer différents. A chaque pièce, son pétage de plomb vulgaire et prétentieux. On se retrouve alors comme Curtis, un des rares personnages dont on finit par se rappeler du nom vu que c’est le héros, qui semble prisonnier dans un autre film. Le souci principal c’est ne pas que Snowpiercer se lance dans des digressions ou essaye de surprendre, c’est que jamais il ne réussit à donner de corps ou de sens à son propos tout en essayant de faire passer sa folie pour une démarche intellectuelle décalé donc forcément difficilement accessible. Or, tout n’est que façade et après de très longues minutes à WTF land ou “Regardez comment je me la pète à dénoncer la folie des hommes, je suis le nouvel Orwell lol” land, on retrouve très vite le mauvais film d’action qu’on ne regrettait pourtant pas d’avoir quitté et on se rend compte que toutes nos questions ne mènent à rien car l’univers n’a pas la cohérence et la complexité nécessaire pour y répondre.


Snowpiercer est un vrai mauvais film, un sale rejeton pas foutu d’utiliser un lance pierre et qui pourtant se croit déja subversif quand il recouvre de crayons de couleurs une affiche publicitaire. C’est un gâchis d’autant plus honteux et dommageable que son équipage semblait de bonne volonté. Mais rien n’y fait et les deux heures sont éprouvantes face à tant de laideur, d’absurde creux et d’action inintéressante. Film sans enjeu, sans volonté de nous imprégner d’un univers, Snowpiercer se veut une brillante démonstration de l’imposture de notre société. Il ne sera finalement qu’une imposture

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