Une meilleure justice que celle de Ace Attorney.


Yuri Kuma Arashi : Ourses bien léchées pour anime de bon gaou gaou

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Série disponible en VOSTFR sur Crunchyroll.

« La tempête des ours lesbiennes », c’est sous cette phrase complètement surréaliste et traduction approximative du titre que m’a été vendu Yuri Kuma Arashi. Il faut dire que cette série partage avec le manga Onani Master Kurosawa une histoire avec une capacité sans pareille à être inracontable sans provoquer instantanément un fou rire et un regard réprobateur et confus de la part de votre interlocuteur qui hésite probablement à cet instant là entre croire que vous vous moquez de lui et songer à appeler des psys pour votre cas. Aussi, je ne me risquerais pas à l’exercice trop longtemps et me contenterais de vous dire que Yuri Kuma Arashi se déroule dans un monde où les ours ont acquis parole et intelligence et où humains et ourses se détestent et s’entretuent. Ou plutôt les humaines et les ourses tant le monde entier semble se réduire à la gente féminine et à des relations lesbiennes. Il est également question d’une tempête invisible qui emporte les gens mais je ne vais pas détailler plus que cela au risque de vous perdre.

L’amitié c’est magique

Vous l’aurez donc compris, l’histoire va joyeusement taper dans le WTF organisé mais fort heureusement elle n’est pas toute seule puisque le background et la mise en scène de manière générale accompagne cela délicieusement. On remarquera en particulier les décors à l’architecture et aux couleurs génialement fantasques, certains plans graphiquement sublimes ainsi que des séquences à la mise en scène ingénieuse et à l’efficacité difficilement contestable qui nous rappellent avec force que Kunihiko Ikuhara, le réalisateur/scénariste, nous avait déjà gratifié de pareille performance pour le tout aussi excellent mais tout aussi perché Utena, la filette révolutionnaire. Particulièrement notable est également cette esthétique terriblement mignonne et effrayante des ours et cette façon d’assumer jusqu’au bout que ce soit le parti pris yuri ou l’aspect déjantée de tout l’univers. Qu’on apprécie ou non cette folie esthétique et malgré qu’on puisse regretter une réutilisation un brin agaçante des mêmes séquences ainsi qu’une animation un peu limitée, on ne peut que convenir de l’effort constant pour en garantir la cohérence graphique et musicale.

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Mais ce qui est le plus impressionnant dans Yuri Kuma est sa capacité à être une histoire surprenante, certes de façon tardive et souvent maladroite, qui arrive e à faire passer des messages étonnamment sérieux dans un univers ponctué de délires « condamnés » à devenir des runnings gags entre otakus. Oui, malgré les « Gaou gaou » , malgré ce putain d’ours qui danse tellement à fond pendant l’ending, malgré les sexys Shabadadou, les « delicious smells », les « tomodachi » redondants ou plus simplement ces tronches d’ours absolument irrésistibles, Yuri Kuma raconte bien quelque chose de sérieux.

Cérémonie de l’exclusion

Difficile toutefois sans rentrer dans le spoiler de vous parler du message véhiculé par cette série mais sachez qu’on a ici affaire, comme pour Utena, à une narration qui se pare des atouts du conte de fée pour mieux surligner ce qu’il dénonce et revendique. Il est parfois difficile d’y accéder tant la surcouche graphique et délirante de la série a tendance à prendre le dessus mais il est tout aussi agréable de constater que notre cerveau a la capacité de s’émouvoir d’une situation qui pourrait apparaître pourtant totalement ridicule sans la connaissance des « règles » de ce monde. D’autant que le conte peut se permettre d’exagérer les réactions et les situations sans nuire l’implication du spectateur (j’en profite pour faire une comparaison opportuniste avec la fin de l’excellent Amagi Brillant Park qui aurait pu être qualifiée de niaiserie ultime si l’histoire n’adoptait pas justement ce type de narration) et que Yuri Kuma ne se prive pas d’en user et d’en abuser.

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Toutefois ce procédé a l’inconvénient de brouiller encore un peu plus les cartes et, à l’heure du bilan, l’histoire se conclut de manière douce-amère sans permettre à votre serviteur de déterminer si la série porte un regard sincèrement désespéré sur notre monde et son intolérance ou si elle préfère mettre en avant l’espoir de jours nouveaux. Qu’importe, chacun en tirera ses propres conclusions et pour ne pas vous laisser sur cette phrase bateau avant la conclusion, je dois vous avouer que j’ai été sincèrement touché par le traitement du thème de l’exclusion et la justesse de certaines mises en situation. J’ai même failli verser ma petite larme à quelques reprises, tout autant par la corde sensible que cette impensable histoire venait de faire raisonner en moi que par la surprenante humanité qu’elle dégage.

Fou, délirant, impitchable, blindé de de WTF, Yuri Kuma Arashi est l’exemplaire type de la série qui n’est pas un exemplaire type. On y arrive en franchissant la porte du lol et on y reste parce que le spectacle devient de plus en plus prenant et sérieux, que les ours sont trop chous et que le travail sur le background général mérite le respect. Tout le monde n’accrochera pas mais je me permettrais d’avouer ma fascination pour la capacité d’imagination et l’écriture de Kunihiko Ikuhara qui est capable de créer un univers complètement différent du nôtre et déluré tout en y collant de l’humour et des drames non dénuées de messages, le tout de manière extrêmement fluide. Rien que pour cela Yuri Kuma Arashi mérite le respect et à tout le moins sa chance dans votre watch list. Gaou Gaou !

Verdict :

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