Il fait beau dans le cerveau.


« Vice Versa » , le magnifique envol du cerveau lent

Peu importe qu’il soit un chef d’œuvre ou juste un bon divertissement, un film marquant aura toujours ce moment magique où la physique de son propre corps se fait déborder par l’émotion de la découverte d’une séquence qui résonnera en nous longtemps. Ces moments où l’on comprend pourquoi le cinéma est une chose importante et pourquoi il est un des rares moyens « facile » de créer un dialogue au-delà des mots entre deux êtres humains.

Ainsi, je me rappellerais toujours de ma première vision de « Ame et Yuki, les enfants loups » qui m’a littéralement retourné les tripes mentalement et intellectuellement. Je ne peux d’ailleurs pas aujourd’hui réécouter la bande originale de ce film sans ressentir une envoûtante vague me traverser doucement l’esprit. Mais ce n’est pas de ce film dont je souhaitais vous parler aujourd’hui mais de la dernière œuvre sortie des studios Pixar : « Vice Versa ».

Contrairement au film d’Hosoda, je n’attendais rien de ce film. Déçu par l’absence totale de talent et d’intérêt de « Les nouveaux héros », j’espérais sans y croire que Pixar remonterait, une nouvelle fois, le niveau de la maison Disney. J’en suis ressorti bluffé avec l’immense joie de m’être trompé sur toute la ligne. « Vice Versa » part pourtant de loin avec une idée qui sur le papier paraît aussi suicidaire qu’improbable pour un film d’animation grand public : représenter le cerveau d’une jeune fille de 11 ans sous forme de personnage-émotions nichés dans un centre de contrôle. Pérusse en avait fait un excellent épisode des « 2 minutes du peuple », Pixar s’impose dans un long métrage qui non seulement réussi son pari de raconter une belle histoire accessible et d’une exigence remarquable au vu des enjeux.

On retrouve donc aux commandes une héroïne « Joie », une anti-héroïne « Tristesse » et 3 sidekicks rigolos « Peur », « Colère » et « Goût ». Si le début paraît suinter un optimisme aussi peu appétissant que béat, la subtilité ne tarde pas à pointer son nez au fur et à mesure que le film démontre sans jamais trop forcer le trait qu’il a une maîtrise jamais pris en défaut de son univers. D’un postulat improbable, « Vice Versa » arrive à donner sens à tout ce qui compte et il le fait avec un sens du récit désarçonnant de maîtrise. Tout ici s’enchaîne à un rythme parfait et bien accroché à son fauteuil, on se prépare déjà à applaudir à la fin le défi allègrement relevé sur un air de « Ils l’ont fait, ces cons. ».

C’est sans compter sur l’exigence du film qui décide passé le premier tiers de bouleverser ses règles pour aller titiller notre empathie envers nos personnages et notre aspiration à voir le concept pousser plus loin. Exit donc la ceinture de sécurité, « Vice Versa » décide de toucher nos nerfs à vif en allant montrer des choses qu’on n’aurait pas espéré dans une production Disney. C’est ainsi que nul personnage n’échappe au rouleau compresseur et si, bien entendu et heureusement, le cynisme ne vient jamais foutre son mauvais esprit dans ce cortex, il faut souligner que le récit n’hésite pas à briser dès qu’il le peut certaines naïvetés trop rose bonbon et à tenter des séquences à la limite du wtf en gardant fièrement le sourire aux lèvres de l’auteur fier de son œuvre. Mais le mieux c’est que tout ça marche, que l’empathie avec les héroïnes qu’elles soient jeune fille ou émotions fonctionnent à fond et que la morale finale se permet un tacle discret mais bien visible aux mièvreries d’â côté style fin de « La Reine des Neiges ». La subtilité paye et c’est bon de le voir.

Un pari relevé est d’autant plus beau que les risques étaient grands. Avec « Vice Versa », Pixar a littéralement ruiné le casino et sort un film qui réussit ce défi de tous temps qui consiste à produire une œuvre populaire et exigeante. Il fallait oser, c’est fait et avec quel brio ! Et pour en revenir à mon point de départ, si « Vice Versa » n’atteint jamais la qualité du film de Mamoru Hosoda, il aura réussi à plusieurs moments à me retourner le cœur et le cerveau qui s’était résolu à croire depuis trop longtemps que jamais Disney n’oserait faire ceci.

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