Prix du Jury


« L’hermine », le film qui fait la cour de Luchini

Avant de rentrer dans la salle de cinéma, je m’attendais à 2 procès. Le procès du film, évidemment, mais également le procès de ce bon vieux Fabrice. Ca fait un moment qu’on est fâché lui et moi et « L’hermine » devait servir à savoir si j’acceptais la remise de peine ou si je laissais croupir le phénomène dans le mépris, même pas de Godard. Au final, ce second jugement qui ne devait être qu’accessoire va tout emporter. Car « L’hermine » n’est pas un film sur la justice, ce n’est pas non plus une comédie ou un drame, pas plus que ce n’est une histoire d’amour ou plutôt si cela en est une mais en dehors de la fiction. En effet, ce film n’est rien d’autre qu’une déclaration d’amour magnifique et brillante à son acteur principal. Messieurs les spectateurs, asseyez-vous et maintenant place à la cour.

Personnalité de l’accusé

Fabrice Luchini dépasse l’homme qu’il est, c’est un personnage à l’origine assez fascinant mais dont l’impossibilité qu’il a désormais de sortir de son excessivité sur tous les plateaux télés comme radio l’avait transformé pour votre serviteur en un repoussoir. A force de se travestir avec le costume du rigolo aristo faussement arrogant mais vraiment énervant, on en avait fini par oublier que Luchini était aussi capable de grande justesse quand il se « contentait » de n’être qu’un des « Riens du tout ». On l’avait perdu en chemin, or voilà qu’un réalisateur fasciné se décide à le transformer en un président de tribunal, pardon de cour d’assise en proie à une grippe et au retour d’un amour jamais vraiment naissant mais toujours regretté.

Or, ce petit être gris cassant enveloppé dans son écharpe rouge, détesté pour sa pédence naturelle et sa misanthropie cultivé, qui ne jouit pas réellement de ses succès pas plus qu’il n’abuse réellement de son autorité, c’est tout notre Luchini. Bien enveloppé dans ce costume taillé sur mesure, l’acteur délivre alors à pleine puissance sa prestation qu’il peut laisser gambader à sa guise tant tout a été pensé dans ce but. Il enchaîne alors des dialogues d’une perfection admirable (votre serviteur aurait applaudi debout si cela se faisait dans les salles obscures), mélangeant non-dits et transitions théâtrales avec un équilibre d’artiste de cirque au sommet du plus grand chapiteau, et scènes de justice décalées comme l’est le quotidien des procès et comme l’exige l’art luchinien.

Crime passionnel

Les autres personnages ne sont pas en reste mais tous semble n’être là que pour lui, à la fois dans la comédie et dans la fiction. Ils entourent ainsi le Luchini-Francois Racine, forcément Racine (on ne colle pas du « Dupont » au Comédien, on le nomme par l’un des maîtres) , de leurs rôles de juges assesseurs, d’avocats, de jurés autant que par leurs rôles drôles mais jamais irrespectueux (on rit du populo mais on ne se moque pas) et par leur jeu qui ne brise pas l’impeccable équilibre de l’ensemble. Et il y a aussi elle, avec son accent, sa froide désinvolture, son air absent, il y a elle qui nous ramène sans cesse vers lui, le maladroit désemparé mais vivant, le semi-dépressif qui semble pouvoir enfin remarcher, le vieux français qui trouve encore la force de badiner dans ce monde moderne. Quand je vous dis que ce film transpire la déclaration d’amour par tous ses pores !

Au final, « L’hermine » ne raconte pas grand-chose même si il éclaire agréablement sur le fonctionnement de la justice et à quel point elle reste celle des hommes. Pourtant, malgré cette absence de réel enjeu, cette désinvolture presque coupable sur le sort du procès, il y aurait des tas de citations à faire, bon nombre de moments de grâce à relever et tant de petites séquences à retranscrire pour décrire ce court voyage, souvent très drôle, dans la vie de tout ce tribunal. Mais si il ne fallait en retenir qu’un, ce serait forcément lui, lui qui trône au milieu de la scène, lui qu’on donne à voir comme on ne pourrait faire mieux, lui qui joue devant nous son rôle qui est le sien, lui pour qui on a tout écrit, lui Luchini.

Laisser un commentaire