Identité heureuse


« Your Name », un grand oui pour un grand nom.

C’est une de mes plus belles séances de cinéma de cette année mais c’est aussi et surtout une des plus mystérieuses. Déjà quelques semaines que j’ai eu la chance de pouvoir voir en avant-première « Your Name », le dernier film d’animation de Makoto Shinkai et succès au box office nippon dont l’ampleur assez hallucinante en aura surpris plus d’un, et je dois confier que j’en reste marqué. Autant par le film, on y reviendra, que par cette sortie de séance où en remontant les marches de la salle, je demeurais absorbé par cette question obsédante « Pourquoi autant de succès ? Certes, le film est réussi mais pas au point d’expliquer ce qui a pu créer une rencontre pareille entre lui et le public japonais ? Pourquoi ? Mais pourquoi ?».

Ce n’est qu’une fois arrivé dehors que je suis rapidement parvenu à revenir sur Terre car les personnes qui m’accompagnaient ont alors commencé à débriefer le film. Cet échange de points de vue m’a alors éloigné de toutes les considérations économiques sans réel intérêt pour en revenir à l’essentiel : c’était vraiment un beau, un très beau film que nous venions de voir.

Rat des villes, sourires des chants

Commençons par le plus évident. Niveau esthétique, « Your Name » place le curseur à un niveau très élevé mais pouvait-on raisonnablement attendre quoi que ce soit d’autre que de l’excellence de la part de Makoto Shinkai sur ce point ? Toutefois, au-delà du travail fourni sur les décors, l’animation tout comme la BO très réussie, « Your Name » séduit autant par ces jeunes personnages hyper agréables et à la vivacité réjouissante que par 2 passages particulièrement remarquables et sublimes où le wow effect joue à plein régime. On notera aussi des passages clips musicaux fortement appréciables qui contribuent à faire du film une expérience de visionnage joyeuse et dynamique.

La réussite ne s’impose toutefois pas qu’avec tous ces bons arguments et  il ne faut pas oublier que tous ces éléments sont au service d’un récit solide et qui se permet, par moment, de ne pas manquer d’audace. Loin d’être une œuvre revendicatrice ou contestataire, « Your Name » se donne toutefois la marge nécessaire pour creuser des questions importantes pour la société japonaise sans forcément donner l’impression première de vouloir y toucher. Une certaine forme d’humilité qui peut être perçu comme un entre deux gênant mais qui reste cohérent avec la nature de son récit. Ce dernier se voulant touche à tout et adorant se perdre autant dans sa comique naïveté que dans un drame léger aux tons spirituels. Fort heureusement, cette retenue n’empêche pas les moments de grâce ni les rebondissements du scénario.

Nom de Dieu

Car loin des clichés qu’aiment à véhiculer ses haters, Shinkai ne se contente pas de raconter en boucle la même histoire adolescente aux émotions naïvement torturées (d’ailleurs quel mal y aurait-il à cela ?) mais réussit en plus à faire de « Your Name » un beau film sur tous les aspects essentiels. Feel good movie qui se déguste avec pas mal d’amertume, « Your Name » est loin d’être simpliste. Par ailleurs, si les plus optimistes verront dans cette histoire le parfum enchanteur d’un récit humaniste teinté de mythes bienveillants et charmeurs, difficile de ne pas se demander tout au long du film quel rôle veut jouer Makoto Shinkai ? A t’il la volonté d’être un dieu manipulateur d’une humanité impuissante face à une destinée qui la dépasse ? Ou acceptera t’il finalement d’accorder le bonheur à cette même humanité, dotée de la fougue irresponsable d’une jeunesse capable de s’accrocher de façon déraisonnable à un rêve qu’elle ne peut pourtant jamais définir par des mots devenus fatalement impuissants ?.

Derrière un mélange complexe des fils de la destinée de ses 2 héros dont on notera que le scénario arrive à garder le tout en place sans jamais s’emmêler, « Your Name » choisira finalement sa route mais qu’on préfère voir la récompense pour les audacieux ou l’inexorable échec d’une rébellion contre le destin, difficile d’être déçu face au choix du vainqueur car le vaincu aura été traité honorablement.

Film à multiples facettes , « Your Name » désarme autant par la sincérité de son sourire radieux face à la beauté de son monde que par son regard froid qu’il pose sur son implacable cruauté. Pot-pourri de beaucoup de choses déjà aperçues dans ses précédentes œuvres, « Your Name » s’avère à la fois un hommage à ce que l’on a déjà pu voir de Makoto Shinkai  et un espoir flou, indescriptible mais bel et bien présent pour son avenir. A ce titre, il constitue autant une très belle première expérience du travail de son réalisateur qu’une excellente conclusion temporaire à sa carrière.

La traversée du temps courant.

Reste alors au critique les deux tâches les plus faciles. Tout d’abord, pointer du doigt les quelques défauts. Un scénario riche mais paradoxalement parfois trop léger dans sa cohérence pour ne pas venir titiller notre côté no fun en plein film et parfois too much voire involontairement comique pour son propre bien. De tout cela, ressort une sensation bizarre, certes peu gênante mais redondante,  que l’ensemble, malgré toute sa générosité, manque un chouia d’épaisseur pour pouvoir s’assembler à la perfection. On notera aussi des personnages et des scènes à l’utilité scénaristique contestable.

Rien qui n’empêche toutefois le film de pouvoir traverser et parler à un très large public. Et d’ailleurs, c’est là la dernière tâche. En revenir à cette question du succès incroyable au box office japonais. Pour ma part, j’avoue n’avoir qu’une réponse incertaine car venant majoritairement de mon intuition. Peut être ce film était il simplement,  tel Bienvenue chez les chtit’s  pour la France, le film qu’il fallait, à cette époque précise, pour un public japonais encore traumatisé de nombreux choses et qui a peut-être su trouver en « Your Name » une sensation pas trop sucrée mais pas trop amère non plus. Peut-être y a t’il trouvé la joie d’une célébration dynamique et enjouée d’une belle histoire qui joue sur la sincérité d’une jeunesse tout à la fois issue du Japon urbain comme rural. Vu de France, on sera forcément beaucoup moins sensible à ses arguments mais « Your Name » se doit pourtant d’être vu. Autant pour ses nombreuses qualités formelles et son histoire que pour la valeur de cette expérience cinématographie légèrement indéfinissable mais fondamentalement belle, bien faite et bienfaitrice.

PS : De manière franchement égoïste, ce succès inattendu est une belle histoire et je suis particulièrement heureux qu’elle tombe sur les pompes d’un artiste talenteux comme Makoto Shinkai.

 

Le tank qui fait son oeuvre


« Girls und Panzer der Film », panzer forts !

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A l’oeil profane et méfiant, l’univers de « Girls und Panzer der Film » ne fera pas que dépasser les limites de son seuil de tolérance, il les explosera dans un grand éclat de rire et sur une musique qui pète. Prenant la suite d’une série qui affirmait sans rire que l’apprentissage de l’art du tank servait à développer sa féminité et qui détruisait dans l’allégresse des villages entiers pour des matchs de tanks entre lycéennes, le film ne trahit pas ses origines, mieux il les assume à 2000%. On y retrouve donc nos équipes de lycéennes, adorablement drôles dans leurs caractères caricaturales respectifs et aux personnalités internationales, aux prises avec un nouvelle ennemi qui va décider qu..oh et puis vous savez quoi ?

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Une meilleure justice que celle de Ace Attorney.


Yuri Kuma Arashi : Ourses bien léchées pour anime de bon gaou gaou

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Série disponible en VOSTFR sur Crunchyroll.

« La tempête des ours lesbiennes », c’est sous cette phrase complètement surréaliste et traduction approximative du titre que m’a été vendu Yuri Kuma Arashi. Il faut dire que cette série partage avec le manga Onani Master Kurosawa une histoire avec une capacité sans pareille à être inracontable sans provoquer instantanément un fou rire et un regard réprobateur et confus de la part de votre interlocuteur qui hésite probablement à cet instant là entre croire que vous vous moquez de lui et songer à appeler des psys pour votre cas. Aussi, je ne me risquerais pas à l’exercice trop longtemps et me contenterais de vous dire que Yuri Kuma Arashi se déroule dans un monde où les ours ont acquis parole et intelligence et où humains et ourses se détestent et s’entretuent. Ou plutôt les humaines et les ourses tant le monde entier semble se réduire à la gente féminine et à des relations lesbiennes. Il est également question d’une tempête invisible qui emporte les gens mais je ne vais pas détailler plus que cela au risque de vous perdre.

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Sans whisky kiri kiwi.


Time of EVE : The Movie, un petit coin de paradis.

Initialement disponible sous forme d’épisodes en streaming, la présente critique se base sur la version Film de Time of EVE.

Un Japon futuriste où les foyers utilisent pour les tâches du quotidien des robots uniquement distinguables de l’Homme par un halo numérique flottant au-dessus de leurs têtes. Dis comme cela, l’univers de Time of EVE a l’air d’un background d’anime de SF d’un classicisime désespérant. Ce serait fortement se tromper que de s’arrêter à cela car comme d’autres oeuvres avant elle, Time of EVE cache sous un questionnement simple et connu, comment évoluerait pareille société, une multitude de réponses complexes et un peu décalées. Un peu comme l’excellente série Log Horizon a su le faire pour le genre du monde virtuel.

Commençons par la base : Le Time of EVE est un café caché comme un pratique point de sauvegarde dans la ville. A l’intérieur de ce café, une seule règle : la discrimination usuelle entre robots et humains n’existe plus. Les robots doivent enlever l’halo lumineux qui sert à les reconnaître et personne n’a le droit de poser la question à son interlocuteur pour connaître sa nature. Ce principe de respect simple de l’autre fait du Time of EVE une zone de rencontre et de dialogue sans préjugé à rebours complet du reste de la société japonaise présenté comme ne traitant la condition des robots que par l’ignorance ou la haine. Les robotmaniaques devenant les nouveaux geeks qui se font moquer par leurs camarades de classe ou les parents. Dans cette société qui voit le robot au mieux comme un outil, au pire comme une menace, l’existence du Time of EVE se révele petit à petit pour ce qu’elle est : une révolution lente.

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La version française aurait été un bluff bourgignon


No Game No Life, awesome games done quick.

L’avantage de la fiction c’est qu’on peut coucher sans coucher, y aller à fond sans risquer aucune séquelle d’un éventuel accident, bref on y profite de la tranquillité bienveillante de l’irréel bien supérieure à celle de l’IRL. « No Game no Life », cette plongée d’un couple de héros surdoués de la connaissance et du jeu mais inaptes aux connaissances et au je dans un monde de paris incessants, a tout de ce genre de fantasme assumé et jouissif. L’ensemble ne va pas sans perte ou maladresse mais à la fin de ces 12 épisodes, une seule question demeurera. « No Game no Life » aura t’il démontré la maîtrise de son terrain de jeux.

Pari qui bat la démesure

Reclus chez eux, nos deux héros sont des compagnons de jeu inséparables tant physiquement que virtuellement : on y trouve un garçon nommé Sora, 18 piges à s’astiquer son intuition, son sens du jeu et sans doute autre chose dans sa chambre, ainsi que Shiro, sa petite sœur de 11 ans qui semble nourrir sa vie de connaissances sans avoir jamais réussie à se rassasier. L’esprit bien fait et la tête bien pleine, le combo est redoutable et nos deux asociaux plongent dans et dominent l’univers des jeux vidéo de notre Terre. Or, on le sait, la Terre est l’objet d’un bien mauvais jeu de la vie que les esprits intransigeants et les capacités supérieures de notre duo ne peut ni ne veut apprécier ni même appréhender. Ca tombe bien car l’auteur du récit est sympa et décide de les balancer via un Dieu appelé Tet dans un univers de fantaisie régi par 10 règles immuables qu’on peut résumer en « Ici tout se détermine par des jeux ». Le monde idéal pour Shiro et Sora ? Totalement ! Ce serait pas un peu facile ? Oui mais c’est totalement assumé.
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Désolé mais je ne lui taillerais pas un costard.


Kill la Kill, anime de haute(s) tenue(s)

Des jeunes femmes qui se poutrent la tronche dans des tenues qu’on croirait dessinées par un pervers frustré en rut. Voilà comment on aurait pu définir Kill La Kill avant son lancement et en se basant uniquement sur les premières trailers. Sur la forme, la série avait en effet tout pour devenir la nouvelle beauferie otak à la mode. Pourtant quelques solides arguments contraires nourrissaient un doute raisonnable : à commencer par son réalisateur Imaishi qui est loin d’être un inconnu, il a quand même derrière lui de nombreuses années à Gainax et surtout la réalisation de « Gurren Lagann », ensuite la série est produite par le jeune studio Trigger déjà responsable de l’enthousiasmant mais hélas trop court « Little Witch Académia » et pour terminer il y avait dans toutes ces previews une folie annonciatrice d’une série étrangement épique, un peu comme un chien fou à qui on aurait filé de l’ecstasy. 24 épisodes plus tard, on n’aura pas complétement évité le malaise mais qu’est-ce qu’on se sera éclaté.

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