L'apocalypse pas comme dab


Girls’ Last Tour, post-ados et faim du monde.

A l’approche des prix Minorin, cérémonie remettant des pseudo-récompenses à des animes ou des personnalités liées à ce milieu culturel et organisée par Amo, et permettant à une branche de la communauté otaku française de faire un bilan fatalement controversé de l’année précédente, je me sens comme un devoir d’effectuer une session de rattrapage pour donner à des animes qui m’avaient tapé dans l’œil une chance de figurer sur mon bulletin de vote.

En gros, je me suis trouvé une excuse un peu bidon mais pas totalement de me bouger le fion et de mater de l’anime.

L’un de mes rattrapages de cette année se nomme Girls’ Last Tour dont l’opening avait eu le bon goût d’être régulièrement cité comme fascinant et le design général de m’attirer sauvagement l’œil. Nan mais sérieusement, matez moi cette couverture à gauche et osez me dire que vous n’avez pas envie de voir ce qu’il y a derrière. J’ai donc vaillamment (il était 8h du matin et j’avais décidé que tant pis je serais en retard au travail) et légalement (j’ai un abonnement Wakanim) lancé le premier épisode.

Dire que cet épisode fut une belle surprise ne serait pas suffisant, ce fût un petit choc. Ce que je savais avant de le regarder, c’est que Girls Last Tour racontait l’histoire de deux adolescentes dans un monde post apo en mode « tranches de vies ». Ce que je me suis dit après l’avoir vu, c’est que si il avait été diffusé en tant que court métrage aux Utopiales de Nantes, je l’aurais longuement applaudi. Car ce premier épisode n’est pas seulement bien fait, il réussit en plus et haut la main à tenir son le pari de maintenir notre attention alors que son concept paraît au premier abord totalement bancal.

Et pour ne rien gâcher, je dois avouer avoir été assez ému au visionnage car cet épisode a su toucher à un concept qui me fascine autant qu’il m’effraie. Ce que produisent les néants.

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Une série tellement puissante qu'elle a reveillée ce blog.


« Made In Abyss » : toute quête finit au fond du trou.

Avertissement : ce billet est long, n’hésitez pas à prendre une boisson chaude.

Merci de votre compréhension.

La direction. Enfin moi, quoi.

Arrivée au village.

Fourbu après ce trajet en montagne, vous arrivez enfin à la ville. Il est encore tôt et le soleil laisse découvrir une cité radieuse et vivante. Tout de suite, votre attention est attirée par un détail. Un gigantesque détail. Vous décidez de vous renseigner auprès d’un habitant dont l’âge vous paraît suffisant pour être une distinction de sagesse.

« Voyageur, sachez que notre ville ressemble à mille autres. Sauf qu’au centre trône un abysse fascinant, incroyablement beau et terrifiant à la fois. Je sais que comme beaucoup vous risquez d’être tenté de plonger la tête la première dans ces terres exceptionnelles peuplées de nombreux artefacts uniques et de créatures sans pitié. Mais vous devez en être averti, voyageur. Surtout, n’ayez aucun remord à rester en surface ! »

Le vieux vous dévisage avec gravité et enchaîne.

« Voyageur, l’abysse est un piège parmi les pires au monde car il cache, sous ses beautés sans cesse renouvelées, une mécanique dont le seul but est de vous broyer le corps et l’âme. C’est un savant engrenage conçu sans le moindre remords par un démon qui use des manipulations les plus efficaces. Il a poussé bon nombre à parier leurs vies sur l’autel de leur curiosité et de leur envie irrésistible de découverte et beaucoup l’y ont perdu.»

La voix du vieux bavard marque une pause. Il semble envahi par une tristesse soudaine faisant ressortir les traits de l’âge sur son visage. Puis, se reprenant, il vous adresse un sourire forcé et continue.

«Mais qui sait voyageur ? Qui sait ? Peut-être que ce pervers qui voit sa création comme une table de casino dont il serait l’unique croupier et l’unique vainqueur, peut-être a-t-il vraiment caché au fond de son abysse des réponses ? Peut être. Après tout, même les plus fervents détracteurs de l’abysse, qui évitent de crier trop fort leurs doutes dans cette cité, ne peuvent se résoudre à abandonner définitivement cette hypothèse. En attendant, le diable est là. Il se cache soigneusement dans chaque maison qui se trouve à proximité de son œuvre et, pire, dans le cœur de tout homme qui a un jour vu cet endroit.

Méfiez vous surtout de la nuit. Les rêves sont sa meilleur terre de propagande et il en sera ainsi jusqu’à ce qu’il se lasse du spectacle de la folie des hommes. Mais ce jour-là, voyageur, il n’y a que trop peu de chances pour que vous ou moi ne le connaissions. Allez, je vous laisse, je n’ai que trop parler. Mais je le répète : Méfiez vous ! »

Votre arrivée dans le village de départ de Made In Abyss pourrait commencer par cet avertissement.

Votre arrivée dans la série doit se faire avec celui-ci : Ne prenez pas le design de cette série comme une indication fiable de son contenu.

« Made In Abyss » est une série dérangeante autant graphiquement que par les thèmes qui y sont abordés. Il y aura du sang et il y aura des larmes, ce n’est donc pas le lieu où amener des âmes trop jeunes  qui seraient incapables de supporter le voyage. Et même avec l’âge, tout le monde n’est pas forcément prêt. Ceci étant dit, on peut maintenant rentrer dans le dur en vous présentant un peu le contexte scénaristique.

Village de départs

Si l’abysse est un personnage à la fois central et omniscient de l’histoire, nos deux héros se nomment Riko et Regu. Riko est une jeune orpheline, énergique et pleine de bonne humeur même si elle s’avère indisciplinée et têtue, qui se trouve un jour confrontée, alors qu’elle est mission de recherche d’artefact pour son orphelinat dans un très haut niveau de l’abysse, à une créature dangereuse. Elle doit alors la vie à une attaque puissante déclenchée de façon mystérieuse sur son agresseur. A peine remise de ses émotions, elle trouve non loin d’elle un jeune garçon robot amnésique, qui donc aurait fait un parfait héros de RPG japonais, et qui finira par s’appeler Regu.

Après quelques périples scénaristiques de surface dont je vous laisse la joie de la découverte, notre improbable duo finira par s’embarquer dans une aventure dont l’objectif est tant de retrouver la mère de Riko que la mémoire de Regu qui se trouveraient, je vous le donne dans le mille, au fond de l’abysse. Autant vous dire que vu les dangers, on sent très vite la mission suicide et les adieux sont déchirants. Nous n’en sommes alors qu’à la fin de l’épisode 1 mais votre serviteur avait déjà le cœur qui se serre. D’autant que tout cela se conclue sur une des plus belles pistes de l’OST :

Une fois parti en pleine aventure, il ne faut pas longtemps pour comprendre à quel point l’abysse est une épreuve cruelle et folle. Cette folie ne se ressent d’ailleurs pas uniquement au travers des émotions des personnages mais aussi par l’ambiance unique qui ressort des épisodes. Tout le travail abattu pour rendre l’ensemble aussi mystérieux qu’attirant impressionne. Que ce soit par la diversité du bestiaire ou les idées de paysage, la série regorge d’idées à la limite du gâchis tant au final certaines disposent de peu de temps à l’écran. En 13 épisodes (dont un dernier qui dure le double de temps), c’est peu étonnant mais il en ressort une générosité graphique assez exceptionnelle qui contribue grandement à l’expérience. L’abysse se devait d’être un endroit où le spectateur, à l’instar des habitants de la cité construite autour d’elle, se retrouverait autant absorbé par la curiosité que repoussé par la peur.  La pari est plus que réussi.

La bande originale n’est pas en retrait de ce bilan plus que positif puisqu’elle sait instaurer une ambiance tout en s’avérant à la hauteur des grands moments. Seuls les génériques sont un peu en retraits puisqu’entre un opening peu convaincant et un ending simpliste et en décalage, ils demeurent peu mémorables. Ce qui n’est heureusement pas le cas de l’écriture qui sait insuffler un véritable rythme aux révélations tandis que le scénario s’avère sans concession, usant de différents types de violences pour secouer le spectateur. A titre personnel, le dernier épisode est une expérience de visionnage parmi celles qui m’ont le plus bouleversées.

Intelligente tant dans sa mise en scène que pour assurer un univers riche et cohérent, « Made In Abyss » impressionne autant qu’elle remue. Cela ne signifie pas pour autant que certains ne puissent pas légitimement rejeter ou détester « Made In Abyss », trouver la série dérangée voire même amorale mais il me sera difficile de croire qu’elle vous ait laissé de marbre.

Questions de fond

Avertissement : La suite de cette chronique dévoile et exploite sans vergogne la fin du premier épisode de la série. Si vous ne souhaitez pas en savoir autant avant votre visionnage, vous pouvez vous contenter de la conclusion (mais c’est mal et ça ne vous servira pas à grand-chose) ou bien partir dès maintenant regarder l’épisode et revenir. (ça c’est bien par contre)

Pour illustrer mon propos sur l’intelligence de cette série, je vais à ce point du billet me permettre de revenir en longueur sur la séquence d’adieux de l’épisode 1, dont j’ai parlé plus haut, car cette scène représente, de mon point de vue, un exemple parfait de ce que « Made In Abyss » sait le mieux faire : montrer la cruauté de la folie, la difficulté de rester humain face à elle et nous interroger sur notre rapport face à ses phénomènes. A ce point, il convient de préciser que ce qui suit n’est qu’une interprétation personnelle, blabla tout ça vous connaissez la chanson.

Commençons par la folie. Une image commune de la folie est celle d’actes tels que nous essayons à tout prix de les décorréler de la question de la responsabilité de leur auteur. En simplifiant, on peut affirmer que dans l’imaginaire courant un fou est quelqu’un qui par définition ne peut être tenu responsable de ses actes puisqu’il n’a pas accès à la raison. C’est un être « pur » en quelque sorte dont la cause des actes est reconnue unanimement comme étant une maladie.  Mais notre jugement bascule lorsqu’on a affaire à un être parfaitement sensé qui plonge volontairement dans la folie en oubliant le nécessaire devoir de protection qu’il a envers lui-même et la question morale que pose son choix sur l’attitude et la vie des autres.

What has been seen…

Ce renversement de valeur nous aboutit alors à un sévère jugement sur la responsabilité individuelle de cet « hors-norme ». Dans l’exemple du départ de Riko et Regu, cela peut nous amener à à penser, si l’on prend la situation à froid, que Riko et Regu sont simplement irresponsables de partir explorer l’abysse. Puisqu’ils ne sont pas fous, ils ne bénéficient donc  d’aucune excuse.  Ce qui peut nous amener même à aller plus loin dans la sévérité de notre jugement.

Ainsi, les raisons de Riko peuvent elles s’assimiler à une démarche purement égoïste tandis les personnes qui la laissent partir deviennent alors des lâches. Et si Regu peut sembler échapper à la critique en se plaçant dans une position de protecteur pour limiter la casse, on pourrait tout aussi bien le voir comme étant la raison principale pour laquelle Riko peut partir et donc engager autant sa responsabilité que celle de Riko dans cette décision.

Mais alors, si ces deux-là sont aussi mauvais, pourquoi leur départ apparaît il si dur à vivre ?

Certains pourront se justifier en mettant en avant leur colère contre des personnages qu’ils jugeront insupportables mais pour ma part, c’est à ce moment précis que la série arrive à toucher du doigt quelque chose qui est très difficilement exprimable et acceptable : poser l’hypothèse selon laquelle les raisons qui poussent à de tels actes peuvent être non seulement explicables mais surtout compréhensibles. Affirmer que la bascule vers un pari insensé puisse non seulement nous être accessible mais qu’il n’est pas exclus qu’on puisse un jour ne pas avoir la force de s’en éloigner.

L’hypothèse paraît de prime abord inenvisageable mais plusieurs éléments sont en effet présents pour démontrer que la décision prise par nos deux héros ne se base pas sur des éléments déraisonnables ou exclusivement égoïstes. Tout d’abord, le comportement de Riko  n’est pas de partir la fleur au fusil mais bel et bien de se préparer de la meilleure des façons possibles pour pouvoir survivre. Elle le démontrera à plusieurs reprises et son courage est bien loin d’être dénué de tout sens du danger. De plus, s’il n’apparaît pas clairement qu’elle joue un rôle d’éternel optimiste pour oublier le danger, cette hypothèse peut tout de même se défendre. De la même façon, Regu n’est pas ce garde du corps sans émotion qui sert d’excuse, il trouve son propre intérêt dans l’histoire et ses angoisses perpétuelles sur sa capacité à protéger Riko prouve que ce personnage, fusse t’il robot, est capable de remords et de responsabilités.

Mais surtout leur point commun est que leurs raisons de partir sont ancrées de façons tellement profondes en eux qu’ils ne peuvent s’y soustraire sans se renier complètement et donc se mettre dans un état tel de culpabilité qu’ils ne sont pas sûr de pouvoir y survivre. Je ne détaille pas plus pour d’évidentes raisons de spoil mais retenez simplement qu’il y a dans « Made In Abyss » quasiment autant de destinées complexe et retords qu’il y a de personnages.  Dans l’abysse, il n’y a pas que les sacs à dos qui sont lourds à porter…

La représentation des personnages de manière extrêmement enfantine accentue le malaise qu’il y a à les voir souffrir d’une telle « destinée ».

Et c’est loin d’être le seul aspect qui provoque de tels sentiments difficiles.

Au-delà de l’aventure principale, la représentation de l’univers a continuellement son lot de choses un peu dérangées. L’absence, trop souvent répétée pour être une simple coïncidence, de considération pour l’enfance dans ce monde est un élément qui en fera tiquer plus d’un. Ainsi, il est accepté socialement de punir un enfant en l’attachant nu ou de le faire travailler dans un environnement visiblement dangereux et encore cela n’est que la partie immergée de l’iceberg.

De la même façon, le rapport au corps des personnages est traité de manière très ambiguë, il est ainsi régulièrement question de savoir si Regu dispose de testicules ou d’un sexe. Riko est également représentée nue sans réelle raison et sans que cela soit pour autant dépeint de manière à la sexualiser même si la série pose en partie cela comme un gag. On pourra noter également l’écart démesuré de taille entre certains personnages ou le rapport étrange de certains d’entre eux à leur genre. Tout cela contribue à créer un univers à part. Comme si la folie de l’abysse avait été jusqu’à contaminer certaines règles sociales et physiques.

« Made In Abyss » est une série d’animation indispensable. Aussi belle que cruelle, l’expérience ne conviendra pas à tout le monde mais pour ceux qui auront le cœur assez accroché pour plonger dans cet abysse, vous y découvrirez une série dotée d’un univers d’une générosité bluffante et une histoire extraordinaire.  Cela faisait bien longtemps qu’un anime ne m’avait pas autant marqué et je ne saurais que trop vous recommander d’essayer. Faites-moi confiance, ça va bien se passer…d’ailleurs je vais de ce pas vous préparer une autre boisson chaude.

Nemo

Correction et jeu de mot du titre (si si cherchez bien) : Le Commandant

Identité heureuse


« Your Name », un grand oui pour un grand nom.

C’est une de mes plus belles séances de cinéma de cette année mais c’est aussi et surtout une des plus mystérieuses. Déjà quelques semaines que j’ai eu la chance de pouvoir voir en avant-première « Your Name », le dernier film d’animation de Makoto Shinkai et succès au box office nippon dont l’ampleur assez hallucinante en aura surpris plus d’un, et je dois confier que j’en reste marqué. Autant par le film, on y reviendra, que par cette sortie de séance où en remontant les marches de la salle, je demeurais absorbé par cette question obsédante « Pourquoi autant de succès ? Certes, le film est réussi mais pas au point d’expliquer ce qui a pu créer une rencontre pareille entre lui et le public japonais ? Pourquoi ? Mais pourquoi ?».

Ce n’est qu’une fois arrivé dehors que je suis rapidement parvenu à revenir sur Terre car les personnes qui m’accompagnaient ont alors commencé à débriefer le film. Cet échange de points de vue m’a alors éloigné de toutes les considérations économiques sans réel intérêt pour en revenir à l’essentiel : c’était vraiment un beau, un très beau film que nous venions de voir.

Rat des villes, sourires des chants

Commençons par le plus évident. Niveau esthétique, « Your Name » place le curseur à un niveau très élevé mais pouvait-on raisonnablement attendre quoi que ce soit d’autre que de l’excellence de la part de Makoto Shinkai sur ce point ? Toutefois, au-delà du travail fourni sur les décors, l’animation tout comme la BO très réussie, « Your Name » séduit autant par ces jeunes personnages hyper agréables et à la vivacité réjouissante que par 2 passages particulièrement remarquables et sublimes où le wow effect joue à plein régime. On notera aussi des passages clips musicaux fortement appréciables qui contribuent à faire du film une expérience de visionnage joyeuse et dynamique.

La réussite ne s’impose toutefois pas qu’avec tous ces bons arguments et  il ne faut pas oublier que tous ces éléments sont au service d’un récit solide et qui se permet, par moment, de ne pas manquer d’audace. Loin d’être une œuvre revendicatrice ou contestataire, « Your Name » se donne toutefois la marge nécessaire pour creuser des questions importantes pour la société japonaise sans forcément donner l’impression première de vouloir y toucher. Une certaine forme d’humilité qui peut être perçu comme un entre deux gênant mais qui reste cohérent avec la nature de son récit. Ce dernier se voulant touche à tout et adorant se perdre autant dans sa comique naïveté que dans un drame léger aux tons spirituels. Fort heureusement, cette retenue n’empêche pas les moments de grâce ni les rebondissements du scénario.

Nom de Dieu

Car loin des clichés qu’aiment à véhiculer ses haters, Shinkai ne se contente pas de raconter en boucle la même histoire adolescente aux émotions naïvement torturées (d’ailleurs quel mal y aurait-il à cela ?) mais réussit en plus à faire de « Your Name » un beau film sur tous les aspects essentiels. Feel good movie qui se déguste avec pas mal d’amertume, « Your Name » est loin d’être simpliste. Par ailleurs, si les plus optimistes verront dans cette histoire le parfum enchanteur d’un récit humaniste teinté de mythes bienveillants et charmeurs, difficile de ne pas se demander tout au long du film quel rôle veut jouer Makoto Shinkai ? A t’il la volonté d’être un dieu manipulateur d’une humanité impuissante face à une destinée qui la dépasse ? Ou acceptera t’il finalement d’accorder le bonheur à cette même humanité, dotée de la fougue irresponsable d’une jeunesse capable de s’accrocher de façon déraisonnable à un rêve qu’elle ne peut pourtant jamais définir par des mots devenus fatalement impuissants ?.

Derrière un mélange complexe des fils de la destinée de ses 2 héros dont on notera que le scénario arrive à garder le tout en place sans jamais s’emmêler, « Your Name » choisira finalement sa route mais qu’on préfère voir la récompense pour les audacieux ou l’inexorable échec d’une rébellion contre le destin, difficile d’être déçu face au choix du vainqueur car le vaincu aura été traité honorablement.

Film à multiples facettes , « Your Name » désarme autant par la sincérité de son sourire radieux face à la beauté de son monde que par son regard froid qu’il pose sur son implacable cruauté. Pot-pourri de beaucoup de choses déjà aperçues dans ses précédentes œuvres, « Your Name » s’avère à la fois un hommage à ce que l’on a déjà pu voir de Makoto Shinkai  et un espoir flou, indescriptible mais bel et bien présent pour son avenir. A ce titre, il constitue autant une très belle première expérience du travail de son réalisateur qu’une excellente conclusion temporaire à sa carrière.

La traversée du temps courant.

Reste alors au critique les deux tâches les plus faciles. Tout d’abord, pointer du doigt les quelques défauts. Un scénario riche mais paradoxalement parfois trop léger dans sa cohérence pour ne pas venir titiller notre côté no fun en plein film et parfois too much voire involontairement comique pour son propre bien. De tout cela, ressort une sensation bizarre, certes peu gênante mais redondante,  que l’ensemble, malgré toute sa générosité, manque un chouia d’épaisseur pour pouvoir s’assembler à la perfection. On notera aussi des personnages et des scènes à l’utilité scénaristique contestable.

Rien qui n’empêche toutefois le film de pouvoir traverser et parler à un très large public. Et d’ailleurs, c’est là la dernière tâche. En revenir à cette question du succès incroyable au box office japonais. Pour ma part, j’avoue n’avoir qu’une réponse incertaine car venant majoritairement de mon intuition. Peut être ce film était il simplement,  tel Bienvenue chez les chtit’s  pour la France, le film qu’il fallait, à cette époque précise, pour un public japonais encore traumatisé de nombreux choses et qui a peut-être su trouver en « Your Name » une sensation pas trop sucrée mais pas trop amère non plus. Peut-être y a t’il trouvé la joie d’une célébration dynamique et enjouée d’une belle histoire qui joue sur la sincérité d’une jeunesse tout à la fois issue du Japon urbain comme rural. Vu de France, on sera forcément beaucoup moins sensible à ses arguments mais « Your Name » se doit pourtant d’être vu. Autant pour ses nombreuses qualités formelles et son histoire que pour la valeur de cette expérience cinématographie légèrement indéfinissable mais fondamentalement belle, bien faite et bienfaitrice.

PS : De manière franchement égoïste, ce succès inattendu est une belle histoire et je suis particulièrement heureux qu’elle tombe sur les pompes d’un artiste talenteux comme Makoto Shinkai.

 

Le tank qui fait son oeuvre


« Girls und Panzer der Film », panzer forts !

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A l’oeil profane et méfiant, l’univers de « Girls und Panzer der Film » ne fera pas que dépasser les limites de son seuil de tolérance, il les explosera dans un grand éclat de rire et sur une musique qui pète. Prenant la suite d’une série qui affirmait sans rire que l’apprentissage de l’art du tank servait à développer sa féminité et qui détruisait dans l’allégresse des villages entiers pour des matchs de tanks entre lycéennes, le film ne trahit pas ses origines, mieux il les assume à 2000%. On y retrouve donc nos équipes de lycéennes, adorablement drôles dans leurs caractères caricaturales respectifs et aux personnalités internationales, aux prises avec un nouvelle ennemi qui va décider qu..oh et puis vous savez quoi ?

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Une meilleure justice que celle de Ace Attorney.


Yuri Kuma Arashi : Ourses bien léchées pour anime de bon gaou gaou

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Série disponible en VOSTFR sur Crunchyroll.

« La tempête des ours lesbiennes », c’est sous cette phrase complètement surréaliste et traduction approximative du titre que m’a été vendu Yuri Kuma Arashi. Il faut dire que cette série partage avec le manga Onani Master Kurosawa une histoire avec une capacité sans pareille à être inracontable sans provoquer instantanément un fou rire et un regard réprobateur et confus de la part de votre interlocuteur qui hésite probablement à cet instant là entre croire que vous vous moquez de lui et songer à appeler des psys pour votre cas. Aussi, je ne me risquerais pas à l’exercice trop longtemps et me contenterais de vous dire que Yuri Kuma Arashi se déroule dans un monde où les ours ont acquis parole et intelligence et où humains et ourses se détestent et s’entretuent. Ou plutôt les humaines et les ourses tant le monde entier semble se réduire à la gente féminine et à des relations lesbiennes. Il est également question d’une tempête invisible qui emporte les gens mais je ne vais pas détailler plus que cela au risque de vous perdre.

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Sans whisky kiri kiwi.


Time of EVE : The Movie, un petit coin de paradis.

Initialement disponible sous forme d’épisodes en streaming, la présente critique se base sur la version Film de Time of EVE.

Un Japon futuriste où les foyers utilisent pour les tâches du quotidien des robots uniquement distinguables de l’Homme par un halo numérique flottant au-dessus de leurs têtes. Dis comme cela, l’univers de Time of EVE a l’air d’un background d’anime de SF d’un classicisime désespérant. Ce serait fortement se tromper que de s’arrêter à cela car comme d’autres oeuvres avant elle, Time of EVE cache sous un questionnement simple et connu, comment évoluerait pareille société, une multitude de réponses complexes et un peu décalées. Un peu comme l’excellente série Log Horizon a su le faire pour le genre du monde virtuel.

Commençons par la base : Le Time of EVE est un café caché comme un pratique point de sauvegarde dans la ville. A l’intérieur de ce café, une seule règle : la discrimination usuelle entre robots et humains n’existe plus. Les robots doivent enlever l’halo lumineux qui sert à les reconnaître et personne n’a le droit de poser la question à son interlocuteur pour connaître sa nature. Ce principe de respect simple de l’autre fait du Time of EVE une zone de rencontre et de dialogue sans préjugé à rebours complet du reste de la société japonaise présenté comme ne traitant la condition des robots que par l’ignorance ou la haine. Les robotmaniaques devenant les nouveaux geeks qui se font moquer par leurs camarades de classe ou les parents. Dans cette société qui voit le robot au mieux comme un outil, au pire comme une menace, l’existence du Time of EVE se révele petit à petit pour ce qu’elle est : une révolution lente.

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